Sommes-nous en train de vivre la fin du whisky tourbé ?

Classées réserves naturelles, les tourbières britanniques pourraient bientôt échapper aux distilleries : le goût fumé emblématique du whisky écossais risque de disparaître.


La tourbe est à l’origine du côté fumé et terreux, que l’on retrouve dans plusieurs whiskies.

Des saveurs qui séduisent certains amateurs autant qu’elles en dégoûtent d’autres, mais qui font l’identité de nombreux jus écossais.

Issue de la décomposition de matière organique dans des zones humides à la végétation dense et aux eaux stagnantes, la tourbe est également un piège à carbone considérable.

Les tourbières couvrent seulement 3% de la surface de la Terre, mais elles stockent près de 30% du carbone mondial. | TMichal Klajban via Wikimedia Commons

C’est en partie en raison de ce rôle essentiel pour la préservation de la planète que le gouvernement anglais entend fortement restreindre son exploitation, notamment pour des usages commerciaux.

Jusqu’ici principalement utilisée dans le jardinage comme un engrais naturel, son usage se réduit progressivement à mesure que des interdictions nationales entrent en vigueur.

Une fois que ces mesures seront complètement établies, l’industrie du whisky –qui ne consomme qu’une petite partie de toute la tourbe prélevée pour les besoins de l’homme– deviendra l’une des dernières à l’exploiter de manière intensive.

Cela pourrait accélérer les pressions pour l’écarter totalement du processus, selon le média Fast Company.

Le gouvernement britannique a récemment classé certaines tourbières anglaises vieilles de 10.000 ans comme réserves naturelles nationales. Une nouvelle loi proposée plus tôt cette année vise à renforcer les interdictions de brûlage à l’air libre au sein de ces écosystèmes.

Celle-ci s’inscrit dans une tentative de la dernière chance visant à restaurer des tourbières anglaises déjà considérées comme dégradées à 80%.

Un petit goût de carbone

Le Royaume-Uni, qui abrite 13% des tourbières mondiales, souhaite consolider leur protection.

Ces milieux ne couvrent que 3% de la surface terrestre, mais stockent près d’un tiers du carbone mondial.

Mary Creagh, sous-secrétaire d’État parlementaire britannique à la Nature, souligne à ce propos: «Nos tourbières sont l’Amazonie de notre pays, elles abritent notre faune la plus précieuse, stockent du carbone et réduisent les risques d’inondation.»

Si la majorité des whiskies ne sont pas forcément tourbés, ceux qui le sont occupent une place particulière dans le cœur des amateurs.

Ce goût emblématique provient de l’étape où l’orge maltée est séchée au-dessus d’un feu de tourbe dont la fumée vient imprégner les grains de ses arômes si particuliers.

Se passer de la tourbe pour certaines distilleries reviendrait à mettre de côté un savoir-faire remontant au XVIIIᵉ siècle, un héritage gustatif ancré dans les terres celtiques.

Mais ne pas le faire, c’est aussi rater l’occasion de rendre l’industrie du whisky –souvent critiquée pour son appétit en eau et en énergie– plus durable, dans un avenir respectueux pour l’environnement.

D’autres secteurs se sont déjà éloignés de la tourbe : en jardinage, elle peut par exemple être remplacée par de la fibre de coco, des copeaux de bois ou encore des coques de riz.

Si ces alternatives s’avèrent efficaces pour les plantes, il faudra sans doute redoubler d’ingéniosité pour essayer de reconstituer l’arôme iodé, parfois médicinal, que confère la tourbe au whisky… sans pour autant nuire à la planète.


Source : Slate – Anaëlle Phu – 21 juillet 2025

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